UNE VIE EN MUSIQUE


 




« La musique n’est pas un métier, c’est la vie, tout simplement ! L’interprétation, ce n’est pas le travail de dix minutes, de dix jours ou d’un mois, c’est le produit de toute la vie. »
 Grigory Sokolov, pianiste

 La musique n’est pas égoïste, rien de réel n’est égoïste ou arrogant. Pour un musicien qui veut vraiment transmettre son art, il ne suffit pas de représenter son point de vue sans la connaissance de ce que l’on joue. Pour ma part, je crois sincèrement que ma vie n’aurait aucun sens sans ma foi et la musique. C’est une question d’équilibre, d’amour authentique, de la vérité de toutes les possibilités qui s’offrent à soi sans pour autant perdre ce qui fait notre unicité. 

Ça y est, ça commence. Je m’assieds au piano, j’ai six ans, je me rappelle encore du piano à queue dans une salle spacieuse et lumineuse, les touches du piano, les premières notes, le livre rectangulaire rouge avec les morceaux que les enfants qui débutent dans le monde de la musique et du piano apprennent. C’est à ce moment-là que j’ai su que le piano ferait toujours parti de ma vie.

Mon enfance fut marquée par beaucoup de déménagements et plus tard par des relocalisations à l’étranger. C’est l’amour parental ainsi que le piano qui m’ont toujours donné un sens de continuité, agissant comme une ligne conductrice constante et stable durant mon enfance.

Cela peut sembler exagéré, mais même étant petite, lorsque ma mère me mettait sur ses genoux pour essayer les touches du piano ou pendant que je l’écoutais jouer, la musique faisait déjà parti de moi. Ma mère a été particulièrement inspirée par Schubert, Chopin et Beethoven ; par la profondeur de leurs émotions, leurs manières de voir le monde et celle d’en demander plus de leurs auditeurs. La musique comme tous les arts a le pouvoir de contribuer à des changements profonds dans notre vie et dans celle des personnes qui nous rencontrent.  En effet, la musique a un don unique de toucher le cœur de notre être et celui de notre âme si nous lui permettons.

Nous avons tous une mélodie en nous, une mélodie dont Rich Roll parle dans son livre ‘Finding Ultra’ (L'Ultra marathon m'a sauvé). Il explique dans l’introduction que non seulement on a besoin de chanter de tout son cœur parce qu’on le mérite mais aussi que le monde a besoin de nous voir à l’état pure. Sviatoslav Richter, l'un des plus grands pianistes de notre temps n’a pas eu une éducation formelle au piano avant d’intégrer le Conservatoire de Moscou sous la direction du professeur Heinrich Neuhaus, mais il a été reconnu comme étant un génie par ce professeur lors de sa première audition. C’est grâce à ses parents, ses rencontres avec d’autres musiciens et chanteurs, et aux multiples occasions de jouer qu’il a saisi au cours de sa carrière que Richter a continué à développer son répertoire ainsi que son expérience lui permettant ainsi de démontrer son talent.  

Quand le pianiste arrive sur scène, les applaudissements l’accompagnent lorsqu’il se dirige vers son instrument. Il y a un peu de mouvement dans le public et puis le silence. Il ne reste que lui et le piano. Avant d’entrer sur scène, peut-être qu’il y a un léger sentiment de nervosité, mais une fois assis au piano, on est pris par un sentiment de familiarité, la foule s’efface, il ne reste plus que nous et notre vieil ami.

Les années de préparation, l’étude des compositeurs, du contexte de la musique, de la musique en soi ainsi que les heures de pratique suivies de frustration, de peur et de toutes les autres émotions culminent jusqu’à ce moment précis. Nous sommes prêts, ou du moins aussi prêt que l’on puisse être. Ce n’est pas la gloire de jouer en public qui nous pousse dans les moments difficiles quand nous ne croyons pas pouvoir le faire mais notre dévouement à la musique, aux compositeurs et notre désire sincère de partager la liberté et la beauté qu’elle apporte à notre vie.

Ma première performance au piano eu lieu quand j’avais six ans. Après une répétition, j’ai décidé de jouer par cœur la version simplifiée de la Valse du Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Cette performance au piano se déroula devant toute l’école, mais je n’avais pas peur. J’avais foi en ma préparation même si les enseignants m’avaient conseillé d’utiliser la partition musicale. Cela a été une expérience inoubliable car oui, j’ai en effet eu un trou de mémoire en plein milieu de ma performance mais j’ai recommencé sans hésitation comme mon professeur me l’avait appris. Le piano a été mon fidèle compagnon. Il m’a accompagné tous les jours, de ma petite enfance jusqu’à mes quatre années universitaires avec la troisième année entre Parme en Italie et Lausanne, en Suisse. Lors de mes études universitaires à Lausanne, alors que je me dirigeais vers la salle commune pour regarder la télévision, je me suis retrouvée face à un piano droit ! A Canterbury, il y avait un piano à queue dans une salle d’étude qui m’a permis de continuer à me faire la main chaque petit matin avant mes cours.

La musique m’a donnée la force d’affronter de nombreuses situations difficiles tels que la mort de ma mère quand je venais de terminer mes études secondaires ou encore le traitement injuste que j’ai pu vivre dans d’autres aspects de ma vie. La musique m’a aussi permis de traverser d’autres moments douloureux liés à ma santé. J’ai dû réapprendre à me promener, à réutiliser mes mains pour jouer du piano après avoir subi trois ans de traitement pour des hernies discales et une thrombose veineuse.
Mon mari, un pianiste classique que j’ai rencontré lors d’une leçon de piano pendant mes études Erasmus à la Maison de la Musique à Parme, m’a énormément soutenu dans ma réadaptation et mon développement en tant que pianiste. Comme quoi dans la vie, on n’a jamais fini d’apprendre !

Dans une société qui préfère souvent les réponses rapides et la satisfaction immédiate, la musique est une manière de vivre différente car elle requiert du pianiste beaucoup de temps et de patience afin de pouvoir cultiver son savoir. C’est pour cela que lorsque le musicien se retrouve sous les projecteurs de la société, son vécu, son expérience, sa culture et son message se peaufine de telle sorte qu’il est en mesure de partager son histoire donnant ainsi une voix à ceux qui en ont le plus besoin. Dans ‘La Musique Naît du Silence’ un livre qui exprime l’incroyable voyage de Andràs Schiff, le pianiste et chef d'orchestre mondialement reconnu souligne qu’à travers la musique et la perspicacité du piano, l’expérience d’une vie partagée est vaste et infinie : « bien sûr la musique représente tout à mes yeux, c’est ma vie. (…) La musique est la quintessence de l’esprit et du spirituel » (‘La Musique Naît du Silence,’ Andràs Schiff). Selon Schiff même si on ne voit pas les choses exactement comme un autre, il est possible de ne pas imposer notre propre interprétation sur autrui. Le pianiste explique qu’il ne s’agit pas de nous, mais du compositeur, de l’œuvre et de la partition.

La musique et le piano feront toujours partie intégrante de ma vie et je continuerai à faire de mon mieux pour partager la musique et la créativité partout où j’irai. A travers notre vie personnelle, nous pouvons tous apporter quelque chose de positif à la vie d’autrui ; de par nos talents, notre respect et notre passion pour ce que nous faisons et ce en quoi nous croyons.

 « Au commencement il y a le silence, et la musique naît du silence. Le silence constitue la condition préalable à toute musique. » 

La Musique Naît du Silence - Andràs Schiff

 

 


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